| par Marc St-Hilaire
Cet été,
il poursuit activement ses multiples quêtes humanitaires, au risque
de déplaire à certains. Car paradoxalement à sa fougue,
l'Almatois revendique principalement la paix. «Les artistes, le monde
des affaires, les médias et les individus en général
devraient essayer de s'unir pour ne jamais laisser une minorité
dominer, soutient-il. Les êtres pacifiques doivent prendre leur place
et s'imposer devant les décideurs.» Pour appuyer ses dires,
il évoque un principe historique: «Du choc des idées
jaillit de la lumière». Enfants, loups, orignaux, ours et
dauphins ne sont que quelques-unes des races auxquelles l'expressionniste
fait référence alors qu'il prône la liberté
universelle. «En ce moment, je m'objecte fortement à un projet
qui vise à mettre des
dauphins cage à Montréal.
Je veux à tout prix faire de la sensibilisation pour qu'une loi
interdise ce genre d'actions.» À la minute où l'on
jette un coup d'œil sur les toiles accrochées aux murs de son atelier
estival, une attention particulière envers le mammifère marin
est perceptible dans l'ensemble de l'œuvre du missionnaire culturel. Ne
se sentant pas prêt à l'époque, il a fallu deux années
à Bouchard avant de se lever publiquement et s'attaquer aux démons
qui le sidèrent. Une attente qui, en bout de ligne, n'a fait qu'alimenter
un volcan visiblement impatient de cracher sa lave. «Au cours de
mes expériences personnelles, j'ai foulé la terre de deux
forêts magnifiques qui ne sont plus de ce monde, raconte-t-il avec
une nostalgie quasiment palpable. Le film de Richard Desjardins a soulevé
un problème qui existe depuis déjà très longtemps.
Je me souviens que mon père m'en parlait alors que j'étais
tout jeune.»
Paix
par un barrage aux barrages...
C'est justement ce
père qui a influencé André Bouchard dans une autre
de ses guerres: celle de la protection des rivières. Un mal sociétaire
qu'il n'hésite pas à condamner par son travail et ses actions.
Ainsi, il a inscrit son nom à un regroupement de 58 artistes qui
se dressent devant la construction de barrages privés. Sous le thème
«Adopter une rivière», le mouvement compte également
sur des personnalités telles que Roy Dupuis et Paul Piché.
Le peintre régional s'est pour sa part lié à la rivière
Métabetchouane. «Je dis “Paix aux rivières”, s'exclame-t-il.
Je me sens très à l'aise de m'investir dans cette mission.
C'est absolument inacceptable que deux ou trois compagnies puissent vivre
de l'aberrance de détruire une rivière.» Il affirme
par la suite ne pas croire aux promesses faites dans le dossier de la rivière
Pikauba, où Hydro-Québec prévoit construire un barrage
pour une gestion sécuritaire des crues sur le Lac Kénogami.
«Ce n'est pas un barrage de régularisation, comme ils veulent
le faire croire. Ils sont en train de créer une bombe sur l'un des
plus beaux sites du Québec. Il ne faut pas se surprendre de voir
la nature se révolter alors que l'homme tente de la dominer et de
la contrôler. Par ses tentatives, il ne fait souvent qu'aggraver
le problème. Dans ce cas précis, le barrage va changer l'irrigation
d'autres rivières. Mais l'eau ne s'envolera pas, elle ira ailleurs.
Ils ne réussiront pas à me vendre l'idée que c'est
pour notre protection», jure-t-il. Le secteur jeannois est aussi
abordé par l'artiste dans son élan dénonciateur. Par
le fait même, l'usine Alcan est affublée de son courroux.
«Je suis presque devenu malade de voir la propagande des multinationales
à enrocher le lac Saint-Jean. À mon avis, Alcan a parsemé
de roches le tour du lac pour cacher les effets néfastes de la centralisation
d'un grand nombre de ses barrages», lance-t-il convaincu. Pour justifier
son acharnement à se ranger derrière la nature, il qualifie
sa région très distinctement. «Le lac Saint-Jean est
merveilleux alors que le Saguenay est majestueux, souligne-t-il. Mon environnement
est ma motivation, mon inspiration. C'est pourquoi je déteste entendre
le terme “Vallée de l'aluminium”. On devrait plutôt parler
de “Vallée de l'Alzheimer” quant à moi. Je suis originaire
du Saguenay-Lac-Saint-Jean et je n'aime pas du tout être réduit
à l'idée de venir de la “Vallée de l'aluminium”. Je
ne suis pas un robot fait de ce matériel.» Il insiste cependant
pour ajouter qu'il n'a rien contre le produit en tant que tel, convenant
même qu'il est un élément vital pour de nombreuses
familles. Dans la même veine, il précise que le lac Saint-Jean
est demeuré beau malgré la destruction faite par les multinationales.
Même s'il peut paraître vindicatif ou rancunier de par ses
propos incendiaires, il n'en est rien. Car derrière son discours
coloré se cache malhabilement un homme sensible et bon, ne désirant
que le bonheur autour de lui. «Je garde une ouverture qui fait que,
devant la froideur de certaines personnes qui comprennent mal mon travail,
je m'éclipse pour garder la paix», dit-il sans prétention.
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